Depuis le début de la guerre qui secoue le Moyen-Orient, les autorités syriennes tentent de se maintenir à l’écart du conflit. Mais dans le sud du pays, les incursions israéliennes se multiplient depuis la chute de Bachar el-Assad. La semaine dernière, l’armée israélienne a même utilisé, pour la première fois, le sol syrien pour mener des opérations au Liban. Un jeune berger a également été tué. Dans ces villages frontaliers, les habitants redoutent une escalade. Ils craignent qu’Israël, qui pilonne actuellement le sud du Liban, ne cherche à étendre son contrôle jusqu’au sud de la Syrie.
De notre envoyée spéciale dans les zones frontalières au sud de la Syrie,
Il s’appelait Oussama al-Fahd. Il avait 17 ans, était parti acheter une bouteille de gaz, vendredi 3 avril, lorsqu’un tir d’obus israélien s’est écrasé sur sa voiture. La carcasse du véhicule est toujours là, gisante, explosée sur le bas-côté. Son père dit ne pas comprendre pourquoi le jeune berger a été ciblé. « Ils ont choisi leur victime au hasard, sans aucune raison. Ils l’ont tué alors qu’il était innocent », dénonce-t-il.
Son village, Al-Rafid, se trouve à la lisière du Golan, que l’armée israélienne occupe depuis l’année 1967. Depuis la chute de Bachar al-Assad, cette dernière avance méthodiquement ses troupes à l’intérieur du territoire syrien. Chez Oussama, des positions se trouvent désormais de l’autre côté du jardin. « Depuis la chute d’Assad, Dieu en est témoin, nous n’avons pas eu un seul jour de répit. Israël vole nos terres, et en plus ils s’en réjouissent !, alerte le père du jeune garçon tué. Nous sommes nombreux dans ce village à être déplacés du Golan. Je suis moi-même déplacé du Golan. Nous ne partirons pas à nouveau, nous ne quitterons pas nos terres. Mais nous vivons dans la peur. Dans la peur qu’une guerre éclate demain ou après-demain. »
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« Ils ont brûlé l’ensemble des terres »
Le village tout entier vit depuis sous la menace directe des incursions israéliennes. Fadi Al-Mutairi, un voisin, possède 2 hectares de terres sur lesquels il n’est plus autorisé à se rendre. « Ils ont brûlé l’ensemble des terres près de leurs positions avec du glyphosate, soi-disant pour empêcher les bergers de s’approcher de leur frontière », témoigne-t-il.
Entre ces nouvelles positions, des villages entiers se retrouvent enclavés. Les check-points israéliens se multiplient, empêchant les habitants de circuler. Ce fournisseur a désormais peur de prendre sa voiture pour aller travailler. « Ils choisissent toujours de se positionner sur un passage que l’on ne peut pas contourner en empruntant une route secondaire. Ce sont des barrages temporaires, imprévisibles : on ne peut pas savoir où et quand ils seront installés, s'effraie-t-il. On tombe dessus soudainement, sans pouvoir les anticiper. »
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« Ils vont prendre toute la région »
C’est sur un barrage de ce type que Wodi al-Bakri, 21 ans, s’est fait arrêter par des soldats israéliens il y a un an. Son père ne connaît ni la raison de cette arrestation, ni la localisation de sa prison. « Ils vont prendre toute la région, et personne ne reviendra. Israël entre et sort comme il souhaite, sans impunité. Ils comptent tout prendre, ils ont l’intention d’annexer toute la région, toute la province », s'indigne-t-il.
Dans ces bourgades reculées, l’armée syrienne n’est pas déployée. Il y a seulement quelques contingents des Nations unies, censés maintenir la paix. Pour leurs habitants, il y a surtout la solitude. L’exemple de Gaza dévastée, plus récemment celui du Sud-Liban bombardé. Puis cette question qui revient : « Qui, aujourd’hui, est en mesure d’arrêter l’État israélien ? »
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