Reportage international

Ultimo episodio
516 episodi
- Au Vietnam, près de 70 000 tonnes de déchets ménagers sont produites chaque jour, un volume appelé à augmenter dans un pays en pleine croissance. Alors que le tri à la source reste peu développé, une grande partie de ces déchets est enfouie ou incinérée. Dans cet écosystème, les « đồng nát », les récupérateurs de matériaux autonomes, jouent un rôle essentiel. Le secteur informel collecte plus de 30% des plastiques recyclables du pays. Indispensables au système, ces travailleurs exercent pourtant le plus souvent sans contrat ni véritable protection sociale.
De notre correspondant à Hanoï
À moto, à vélo ou à pied, les collecteurs s’activent pour racheter aux habitants ou récupérer dans les poubelles le plastique, le carton et la ferraille. Masque intégral sur le visage, gants remontés sur les manches de sa chemise à motifs fleuris, Phuong, 40 ans, tire une benne montée sur deux roues. Originaire d’une zone rurale, elle travaille à son compte depuis 20 ans.
« Je travaille entre huit et dix heures par jour. Je collecte des objets et des matériaux usagés afin qu’ils soient recyclés, puis je les revends à des dépôts qui les achètent au poids. Je gagne environ sept à huit millions de dôngs par mois [250 euros] », déclare-t-elle.
Faute de pension ou de revenus suffisants, de nombreuses personnes âgées participent aussi à ce système de collecte informel. Huyên, 78 ans, arpente les rues du centre-ville, le dos scié par deux sacs débordant de plastique et de métaux en tout genre.
« Cela me permet de gagner quelques sous, même si ce n’est vraiment pas grand-chose. Et cela rend l’environnement plus propre. En me voyant ramasser ainsi, les gens peuvent penser que je suis pauvre ou que je souffre de la faim, mais en réalité, ce n’est pas le cas », affirme Huyên.
La grand-mère rejoint un hangar d'où elle revend son plastique entre 3 000 et 4 000 dôngs le kilo, une dizaine de centimes. De ces dépôts, tenus par des particuliers, les matériaux repartent en camion vers des villages spécialisés. À Xà Cầu, à une heure de Hanoï, le plastique est trié, lavé et broyé avant d’être vendu à des entreprises de recyclage. Des montagnes de déchets s’élèvent jusqu’aux toits. Chi supervise l’un des hangars.
Des travailleurs précaires sans protection sociale
« Nous trions les différentes catégories de plastique. Nous effectuons seulement un pré-traitement, pas le recyclage. Nous les lavons, les broyons pour qu’ils prennent moins de place, puis nous les classons. Après cela, nous les vendons au poids à des entreprises », raconte Chi.
La sexagénaire travaille sans masque alors qu’une odeur de produits ménagers se mêle à celle du crottin. Ces travailleurs exercent souvent sans contrat et avec une protection sociale limitée. En face, une mère de famille travaille avec son jeune fils, en vacances scolaires.
« Ici, on trie les différentes sortes de plastiques. Par exemple, ces bouteilles de Coca-Cola sont mises à part. Ensuite, on les sépare : le plastique souple, le plastique rigide, le plastique cassant. Il y a toutes sortes de catégories », explique-t-elle.
Ces dernières années, les autorités ont affiché leur volonté d’intégrer progressivement ces travailleurs à un système mieux encadré. D’ici au début de 2027, 5 500 travailleurs informels du nord du pays devraient recevoir des formations et des équipements de protection. Le projet doit permettre de collecter et de traiter plus proprement 20 000 tonnes de déchets plastiques.
À lire aussiVietnam: Hanoï se rêve en capitale mondiale avec sa «nouvelle ère» d'urbanisation Inde: face à la hausse des prix des carburants, les ventes de scooters électriques décollent
14/08/2026En Inde, les ventes de deux-roues électriques explosent face à la hausse du prix des carburants. Le calcul économique est devenu simple pour les foyers. Dans les villes saturées, le scooter reste le moyen de transport le plus pratique.Désormais électrique, il s'impose même comme le véhicule familial par excellence.
De notre correspondant à New Delhi,
Au cœur de la rue commerçante d’Adchini, dans le sud de New-Delhi, les concessions de deux-roues s'enchaînent.
Prakash, 64 ans, est venu chercher dans l'une d'elles les clés de sa nouvelle acquisition. Pour lui, tourner la page du thermique est devenu une évidence : « C’est la première fois que j’achète un scooter électrique, on verra ce que ça donne... L'essence est devenue trop chère : elle a dépassé les 100 roupies le litre, c'est pour ça que je franchis le pas », explique-t-il.
Un choix partagé par des milliers d'Indiens. Portées par la flambée du prix des carburants, les ventes de deux-roues électriques ont bondi de près de 63% en un an dans la capitale indienne, soit 170 000 nouvelles immatriculations mensuelles.
Derrière son comptoir de la marque indienne Hero, Sanoj a du mal à suivre la cadence.
« Le mois dernier, j’ai reçu 20 scooters et tout s'est vendu. Là, j'en ai reçu 20 nouveaux et ils seront tous partis d'ici une semaine ! », s'exclame le vendeur.
L’achat d'un scooter électrique représente un sacré budget pour les familles indiennes : les modèles d'entrée de gamme s'affichent autour de 100 000 roupies, soit environ 1 000 euros, un tarif comparable aux motos traditionnelles. C'est donc surtout à l'usage que les économies que permet de réaliser ce moyen de transport frappent les esprits selon Rahul, un autre revendeur de la rue : « Pour faire 45 kilomètres avec une moto traditionnelle, il faut compter 102 roupies. En scooter électrique, ça ne coûte que 10 à 12 roupies ».
Le scooter, l'indispensable de la vie quotidienne
À califourchon sur son nouveau modèle, Jyoti se définit comme une mère au foyer hyperactive. Cet engin lui permet de se déplacer où et quand elle veut pour ses activités quotidiennes.
« Avec, je vais chercher ma fille, je la dépose. Je vais à mes cours. J’achète des légumes, je fais les courses », se réjouit-elle.
En Inde, le deux-roues s'étire parfois au maximum pour devenir un vrai véhicule familial. Dans les avenues de la capitale, il n'est pas rare de le voir chargé à l'extrême. Et quand on demande à Jyoti avec combien de personnes au maximum elle accepte de rouler, elle le confesse en riant : « À quatre ! Les amis, la famille, tout le monde ! ».
Pourtant interdite, cette pratique est révélatrice du quotidien de la population : ici, le scooter doit s’adapter à toutes les situations. Un équilibre permanent entre sécurité, débrouillardise et économies.- En Syrie, le pays tente de renouer avec une forme de normalité, près d'un an et demi après la chute du clan Assad. Parmi les signes de cette reprise timide : le retour progressif des touristes sur certains sites emblématiques. À Palmyre, joyau archéologique classé au patrimoine mondial de l’Unesco, quelques visiteurs viennent de nouveau admirer les vestiges de l’antique cité de la reine Zénobie. Mais aussi les destructions laissées par l’organisation État islamique.
De notre envoyée spéciale à Palmyre,
C'est à moto qu'on entre sur le site antique de Palmyre et c’est par ce moyen de transport qu’une partie des touristes visitent aujourd’hui la cité.
Khaldoum, guide touristique, est né et a grandi à Palmyre. Il fait la visite et explique : « On est dans le théâtre. Le théâtre romain. Toutes les destructions que vous voyez, c’est l’État islamique qui en est responsable. Je me rappelle comme c’était beau avant. Daech a détruit toute la beauté de ce site. J’espère qu’un jour, il sera rénové et qu’il sera plus beau encore. Il y a eu ici de longues années de guerre. Les gens sont curieux de voir ce qu'elle a fait. Avant, ils venaient visiter les antiquités de la reine Zénobie. Maintenant, ils viennent voir les traces laissées par les combats et par l’État islamique ».
Ce jour là, quelques touristes sont présents, notament une Italienne subjuguée par ce qu'elle voit - « C’est un site archéologique romain exceptionnel ! » - et un Australien pour qui les événements contemporains ont un intérêt particulier : « Il y a aussi toute l’histoire récente, on voit ce qui a été détruit ou non. C’est ce qui rend cet endroit si particulier, n’est-ce pas ? Et vous voyez aussi au sol les restes de bombes, les balles ». « Vous remarquez tout de suite que quelque chose d’important s’est passé ici », renchérit la touriste italienne.
La vie est plus facile aujourd'hui
Durant la visite, nous rencontrons un marchand qui vend des colliers, des souvenirs de Palmyre. « On les fabrique avec ma famille depuis longtemps. On a commencé avant 2008 », explique-t-il. Mais celui-ci a dû arrêter sa production pendant 15 ans. « J’ai dû fuir dans le désert à cause de la guerre. C’était une vie difficile. Ce n’était pas facile de ramener de la nourriture à ma famille. Maintenant, la vie est plus facile. Je suis content de faire à nouveau ce travail », raconte-t-il.
Le petit hôtel de Khaldoum est en pleine reconstruction, on y entend le bruit des travaux. Celui-ci explique comment l'idée de revenir travailler à Palmyre a germé en lui : « Au début, quand les touristes sont revenus, il n’y avait aucun service ici. Pas d’aire de repos, pas de toilettes, même pas d’eau fraîche à boire. Tout était détruit, tout était rasé. Peu après la chute du régime, des visiteurs ont commencé à arriver de Damas, de Homs, d’Alep. Ils venaient par groupes, nombreux. Parfois, nous avons accueilli entre 500 et 700 visiteurs par semaine. Alors des gens comme moi ont commencé à investir. On a ouvert des hôtels et des restaurants ».
Malgré le retour timide des visiteurs, Palmyre reste suspendue aux soubresauts de la région. Depuis le mois de mars, la guerre entre l’Iran et les États-Unis a déjà fait reculer la fréquentation touristique. Après la guerre, après les occupations et les chantiers de reconstruction, Palmyre se relève lentement. Petit à petit, vers un retour à la vie. - Votre Botox ne vient pas de Beverly Hills en Californie, mais d’une petite ville battue par les vents, à l’ouest de l’Irlande. C’est à Westport qu’en 1977 le géant américain Allergan s’installe, pour produire la célèbre toxine qui lisse les rides. Dans cette usine, chaque étape est minutieusement contrôlée, selon des normes strictes. Mais un contraste saisissant émerge ailleurs dans le pays. En Irlande, sur les réseaux sociaux, les annonces d’injections se multiplient, proposées parfois par des personnes non qualifiées.
Les créatrices de contenu irlandaises exposent désormais sans filtre leur recours au botox. « Petit aperçu du résultat juste après mon rendez-vous ! Si vous voulez savoir ce que je me fais injecter, laissez simplement un commentaire, je vous mettrai en contact avec la clinique qui me suit ! », annonce une influenceuse en ligne. « Quand vous dites aux gens que vous faites du botox, ils vous répondent : "Oh, mais tu n'en as pas besoin !" Si j'ai l'air de ne pas en avoir besoin, c'est parce que j'en fais ! », déclare une autre.
Et sur les réseaux sociaux, les « bons plans » défilent, des offres alléchantes qui séduisent surtout les jeunes, comme Rochelle, jolie brune aux yeux bleus, âgée de 26 ans seulement : « On voit ça partout sur les réseaux, c’est devenu tendance presque ! Des influenceurs vont dans différentes cliniques, et c’est comme ça qu’on découvre des endroits. Sur Instagram, on voit des pubs partout. Des gens sont payés pour en parler. C’est complètement normalisé aujourd’hui. »
Alors, on s’y met de plus en plus tôt : Rochelle, elle a franchi le pas dès 22 ans. « Je me fais injecter au niveau du front. J’en ai aussi fait autour des yeux, et au-dessus de la bouche, pour relever ma lèvre ! Tout le monde autour de moi le faisait, et j’ai lu que c’était mieux de commencer jeune plutôt que d’attendre la trentaine. » Le problème, c’est que la tendance gagne aussi les mineures. Le Dr Caitriona Kieran est à la tête d’une clinique esthétique à Dublin : « Quand j’avais 16 ans, on se faisait percer les oreilles ! Aujourd’hui, à cet âge-là, les jeunes vont plutôt se faire injecter, entre copines ! »
Les dangers du marché noir
Car contrairement au Royaume-Uni, en Irlande, aucune loi n’interdit ces injections chez les moins de 18 ans. Mais quand le prix paraît trop beau pour être vrai, c’est qu’il l’est. Caitriona Kieran a récemment dû intervenir en urgence sur une patiente de 15 ans, pour éviter une occlusion de sa lèvre, quand le sang ne circule plus. Elle raconte : « Elle avait payé 60 euros pour une injection des lèvres. Rien que pour moi, acheter les produits que j’utilise, ça coûte bien plus de 60 euros ! Et malgré tout, la personne qui a injecté cette jeune fille a fait un bénéfice… alors imaginez la qualité du produit utilisé au départ ! J’ai réussi à en dissoudre une partie, mais j’ai finalement dû ouvrir l’arrière de sa lèvre pour tout retirer. Aujourd’hui, sa lèvre est déformée. Et c’est irréversible. »
L’essor d’un marché noir du Botox inquiète les professionnels de santé, comme Kathy Maher, présidente de l’Union des pharmaciens irlandais : « Ces personnes qui proposent leurs services sur les réseaux sociaux n’ont pas accès aux circuits officiels : elles ne sont ni médecins, ni pharmaciens, donc elles doivent se fournir ailleurs. Résultat : elles injectent des produits dont elles ignorent la composition ! »
Les députés travaillistes irlandais veulent légiférer sans attendre : ils voudraient d’abord imposer l’affichage obligatoire d’une licence et prévoir des sanctions claires en cas de mise en danger des patients.
À lire aussiBoom de la médecine esthétique : l’âge d’or de l’anti-âge - En Chine, pendant des décennies, les jeunes Chinois quittaient les campagnes pour les grandes villes. Aujourd’hui, certains font le chemin inverse. Non par contrainte, mais par choix, pour entreprendre, innover ou simplement vivre autrement. Dans la province du Zhejiang, à quelques heures de Shanghai, reportage de Clea Broadhurst et Lei Yang.
De notre envoyée spéciale dans le Zhejiang,
À Yaoli, petit village entouré de rizières, les cafés et ateliers ont remplacé les maisons abandonnées. Huang Binbin fait partie de ces jeunes diplômés qui ont choisi de quitter la grande ville pour participer à la renaissance des campagnes chinoises. « J’ai passé sept ans à Pékin. Pendant mon master, je passais déjà plus de temps à la campagne qu’en ville. Peu à peu, je n’ai plus supporté le rythme urbain et j’ai pris goût à la vie rurale », explique-t-elle.
Avec son équipe, elle a redonné vie à ce village en créant un concept original : un village entièrement tourné vers les enfants et les familles. « Aujourd’hui, le village compte près de trente commerces. Beaucoup de jeunes viennent ici travailler et vivre. Certains rentrent en ville le soir, d’autres restent. Ils trouvent un équilibre entre vie professionnelle et personnelle », s'enthousiasme Huang Binbin.
Ancien salarié à Shanghai, Bao Xin a, lui, choisi de revenir dans son village natal lorsque les autorités locales lui ont demandé de participer à sa relance. En quelques années, un terrain envahi par les déchets est devenu un site de camping très fréquenté. « La première année, les revenus du village sont passés de 80 000 à plus de 2 millions de yuans. Les habitants ont retrouvé confiance », déclare-t-il.
« Aujourd’hui, je me sens plus heureux et plus libre ici qu’à Shanghai »
Et pour lui, le calcul ne se limite pas au salaire. « Mon salaire a beaucoup baissé, mais les dépenses sont aussi bien plus faibles. Aujourd’hui, je me sens plus heureux et plus libre ici qu’à Shanghai. » Mais tous ne viennent pas à la campagne pour revitaliser les territoires ruraux. Aaron Zhang y a installé son entreprise de drones pour une raison beaucoup plus pragmatique : à Shanghai, il ne pouvait tout simplement plus tester ses appareils.
Installée au milieu des collines, sa start-up expérimente désormais des drones capables de livrer des colis, de surveiller les rivières ou de participer à des opérations de secours. « Auparavant, il fallait entre 70 et 100 personnes par semaine pour surveiller la pollution, les déchets flottants ou les parcelles agricoles, se souvient l'entrepreneur. Aujourd’hui, cinq personnes suffisent, grâce aux données recueillies par les drones. Les personnes âgées du village recevaient leurs colis tous les trois jours. Aujourd’hui, les drones assurent une livraison quotidienne. »
Grâce au télétravail, aux livraisons à domicile et à de meilleures infrastructures, la campagne chinoise n’est plus forcément synonyme d’isolement. Pour ces jeunes entrepreneurs, elle devient même un terrain d’innovation et, parfois, une alternative assumée aux grandes métropoles.
À lire aussiLa Chine met ses universités à l'heure de l'IA et bouleverse ses cursus
Su Reportage international
Chaque jour, l’illustration vivante et concrète d’un sujet d’actualité. Ambiance, documents, témoignages, récits en situation : les reporters de RFI présents sur le terrain décrivent le monde avec leur micro.
Sito web del podcast