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Crimes contre les journalistes: «La situation s'aggrave surtout pour les journalistes en zone de combat»
02/11/2026Voilà treize ans, jour pour jour, que les deux reporters de RFI Ghislaine Dupont et Claude Verlon ont été assassinés par des jihadistes à Kidal, au nord du Mali. À la suite de ce double meurtre, l’Assemblée générale de l’ONU a voté une résolution qui proclame le 2 novembre « Journée internationale de la fin de l’impunité pour les crimes commis contre les journalistes ». Face à la violence, quelle est la situation des journalistes aujourd’hui ? Est-ce qu’elle s’améliore ou est-ce qu’elle s’aggrave ? Stéphane Dujarric est le porte-parole du secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres. En ligne de New York, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Est-ce que l'assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon a été un tournant pour l'ONU ?
Stéphane Dujarric : Tout à fait. C'est à la suite de cet assassinat immonde que la France a poussé l'Assemblée générale des Nations unies à créer cette journée contre la violence qui est menée envers les journalistes à travers le monde. Donc, ça a été effectivement un moment très fort pour le combat que nous menons tous.
Et depuis treize ans, est-ce que la situation s'aggrave ou s'améliore pour les journalistes ?
Elle s'aggrave et je crois que vous, en tant que journaliste dans une grosse rédaction, vous le savez mieux que tous. La situation s'aggrave surtout pour les journalistes en zone de combat, et il y en a de plus en plus de zones de combat, malheureusement. Alors nous avons vu une certaine baisse dans les assassinats de journalistes dans des pays qui ne sont pas en conflit. Mais depuis 2006, il y a eu plus de 1 600 journalistes qui ont été tués. Et ça, ce sont les chiffres de l'Unesco. Et il est probable que les chiffres réels soient beaucoup plus élevés.
Ce qui veut dire un journaliste tué tous les quatre jours. Et apparemment, dans les pays en conflit, comme au Moyen-Orient, comme en Ukraine, il y a de plus en plus de journalistes tués ?
Tout à fait. Et je veux dire, ce qui est terrible, c'est que les journalistes continuent de payer un prix exorbitant pour avoir dit la vérité et pour faire leur travail. Et leur travail, c'est de nous apporter des informations pour qu'on soit informé, pour qu'on sache ce qui se passe à travers le monde. Et rien ne doit entraver la capacité des journalistes à exercer leur métier. Parce que, comme je viens de dire, ce métier est fondamental pour nous tous, pour notre liberté, pour les droits de l'homme, pour le droit à l'information.
Ce que dit le nouveau directeur général de l'Unesco, Khaled El-Enany, dans son rapport de cette semaine à l'occasion de ce 2 novembre, c'est qu'aujourd'hui les journalistes sont de plus en plus visés par des drones.
Mais écoutez, c'est vrai. Et c'est un reflet aussi de l'augmentation de l'utilisation de drones dans tous les conflits, et maintenant, souvent des drones autonomes qui sont gérés par l'intelligence artificielle. Et donc il est tristement, je dirais, pas surprenant, qu'on voit beaucoup plus d'utilisation de drones dans l'assassinat de journalistes à travers le monde. Et c'est un danger qui n'est que croissant, malheureusement.
Et vous pensez à quels théâtres de guerre ?
On voit ça à Gaza, on voit ça au Soudan, on voit ça en Ukraine. Et comme vous le savez, des drones ne coûtent pas cher et sont faciles à utiliser.
Autre fait préoccupant, Stéphane Dujarric, 86 % des assassins de journalistes courent toujours en toute impunité. Le taux d'impunité a baissé pendant quelques années et il vient d'augmenter à nouveau.
Oui, il a baissé très peu les dernières années, mais il a effectivement beaucoup augmenté. Et donc ces chiffres ont augmenté aussi parce que le nombre de conflits armés a augmenté. Et il est clair que dans des zones de combat, quand un journaliste est assassiné, il est beaucoup plus facile à ceux qui sont responsables de ces morts d'échapper aux autorités et d'échapper à toute responsabilité.
Est-ce qu'il y a des pays où vous avez remarqué ces dix ou quinze dernières années, un effort de la justice pour traquer les criminels de journalistes ?
C'est souvent dans les pays qui ne sont pas en conflit, où les assassinats de journalistes sont liés plutôt à des milieux du crime, à des milieux mafieux, à la criminalité, qu'on a vu de plus grands efforts de la part des autorités à éliminer cette impunité.
Dans le dossier de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, mes deux collègues de RFI, les commanditaires et les exécutants qui sont encore en vie n'ont jamais été arrêtés. Et le juge instructeur français est entravé dans son enquête par le secret défense au niveau de la France, mais aussi au niveau de l'ONU qui refuse de transmettre les pièces demandées par le magistrat français. Qu'est-ce que vous en pensez ?
Écoutez, je n'ai pas vraiment de commentaire à faire sur une affaire qui est toujours sous enquête. Il est parfois un peu compliqué de recevoir des informations des Nations unies, mais dans de nombreux cas, les Nations unies coopèrent dans notre propre cadre juridique pour effectivement éliminer cette impunité.
Quand elle était rapporteuse spéciale de l'ONU sur les exécutions extrajudiciaires entre 2016 et 2021, la Française Agnès Callamard, que vous connaissez bien, a essayé d'avoir accès aux rapports de l'ONU et de la Minusma sur le drame de Kidal. Mais comme elle le raconte dans son livre Une enquêtrice à l'ONU, paru l'an dernier chez Flammarion, elle s'est heurtée à un mur. Comment vous expliquez cela ?
Écoutez, je n'ai pas les détails de sa demande, de quelle façon a été soumise sa demande, mais je sais que, comme je vous l'ai dit, que nous coopérons régulièrement avec les autorités juridiques dans le cadre d'enquêtes sur la mort de journalistes et dans d'autres cas aussi.
Est-ce qu'il y aurait, au niveau de l'ONU, la consigne de ne jamais répondre aux commissions rogatoires internationales qui sont transmises par les justices nationales de l'un des pays membres de l'ONU, par exemple ?
Pas du tout. C'est plutôt bien le contraire.
Il n'y a pas de frilosité à votre connaissance de la part du Bureau des affaires juridiques de l'ONU ?
Non, il n'y a pas de frilosité. Il y a un cadre juridique que nous sommes obligés d'honorer et qui est le même cadre pour toutes les demandes et tous les pays.
À lire aussiAssassinats de Ghislaine Dupont et Claude Verlon: un juge réclame une nouvelle déclassification de documents- C'était il y a tout juste deux mois au Niger. Le 31 août, notre confrère Moussa Kaka a quitté les locaux de son média à Niamey (la radio télévision Saraounia) pour regagner son domicile, mais il n'y est jamais arrivé. Après plusieurs semaines de silence, début octobre, le ministre nigérien de la Justice Alio Daouda a affirmé à Reporters sans frontières que Moussa Kaka, que vous avez entendu raconter l'actualité nigérienne pendant des années sur notre antenne, était détenu et est en vie. À ce jour, notre confrère n'a toujours pas pu voir sa famille ni son avocat. RSF demande des informations et appelle à sa libération immédiate. L'organisation estime que le Niger « piétine ses engagements internationaux ». Sadibou Marong est le directeur du bureau de RSF pour l'Afrique subsaharienne. En ligne de Dakar, il répond aux questions de Magali Lagrange.
À lire aussiDeux mois de détention de Moussa Kaka au Niger: «Sa place est devant un micro» - « L'Afrique accueille, Dakar célèbre. » C'est le slogan des JOJ 2026, qui s'ouvrent samedi 31 octobre dans la capitale sénégalaise. Ce sera la première fois que l'Afrique accueillera une compétition olympique. Un moment historique. Mais au-delà des symboles, quelle est l'ambition sportive du Sénégal à l'occasion de ces Jeux olympiques de la jeunesse ? Et après les JOJ, quand est-ce que l'Afrique accueillera les JO ? Diamil Faye, conseiller spécial du président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, répond aux questions de Christophe Boisbouvier, en ligne de Dakar.
RFI : Ce serait quoi pour vous des JOJ réussis pour le Sénégal ?
Diamil Faye : Une belle cérémonie d'ouverture déjà, un engouement populaire, des stades pleins et puis un héritage durable. Et je pense que, si on arrive à combiner ces trois-là, forcément le Sénégal aura réussi à rayonner à travers le monde.
Attendez-vous beaucoup d'invités prestigieux pour cette cérémonie d'ouverture?
Forcément, ce ne sera pas seulement des chefs d'État, mais aussi des célébrités, des légendes du sport, des Africains, des gens de différents continents.
Qui attendez-vous, par exemple ?
Je pense que chacun a sa part de responsabilité. On va laisser au protocole le soin d'annoncer les noms des personnes qui vont venir. Mais bon, je peux vous dire qu'il y aura du monde.
On se souvient que les JOJ de Nankin, en 2014, ont permis de découvrir l'athlète américain Noah Lyles, qui a gagné, dix ans plus tard, l'épreuve reine du 100 mètres aux JO de Paris. Est-ce que les JOJ de Dakar peuvent être aussi des jeux prémonitoires pour les futurs Jeux olympiques de Los Angeles 2028 ou de Brisbane 2032 ?
Il est important, en tout cas, que le Sénégal, qui n'a pas encore gagné de médaille au niveau des JOJ, puisse révéler des jeunes qui vont certainement - peut-être que Los Angeles c'est trop proche, mais bon, on ne sait jamais - à Brisbane 2032 nous mettre sur orbite, pour que le Sénégal puisse peut-être débloquer son compteur [aux Jeux olympiques, NDLR] qui est bloqué depuis 1988, afin qu'on puisse débloquer donc en 2028, avec Saly Sarr [triple sauteuse, NDLR] et d’autres athlètes sénégalais, et qu'en 2032, ces talents de Dakar 2026 puissent être révélés au monde au plus haut niveau.
Ces JOJ, qui pour la première fois ont lieu en Afrique, peuvent-ils être un tremplin pour des athlètes africains qui sont quelquefois désavantagés dans leurs entraînements par rapport aux athlètes européens ou américains ?
Tout à fait. Vous savez, quand on parle d'héritage aujourd'hui, la réalité, c'est que la plupart des athlètes africains ont un problème structurel, c'est-à-dire qu’ils n'ont pas les conditions d'entraînement réunies et n'ont pas les conditions nutritionnelles réunies pour que, à talent égal, ils puissent rendre une belle, une meilleure copie que l'athlète qui vient d'un pays plus développé. Donc ça, c'est forcément un héritage qui doit être étalé sur tout le continent puisque le slogan c'est « l'Afrique accueille, Dakar célèbre ». Et nous espérons tous, en tout cas au Sénégal, avec tout ce qui a été rénové comme installations sportives, que ça puisse ouvrir la porte à plus de jeunes, plus d'athlètes, à avoir de meilleures conditions d'entraînement et à être performants sur le long terme.
« L'Afrique accueille, Dakar célèbre » : après ces premiers JOJ en Afrique, tout le monde se demande quand auront lieu les premiers Jeux olympiques sur le continent. Quel est votre pronostic ?
Si on regarde les richesses nationales des différents pays, je pense que vous avez certains pays d'Afrique du Nord, peut-être l'Afrique australe - peut-être l'Afrique du Sud sur une combinaison avec le Botswana et autres - qui pourraient rendre une belle copie. Pour dire vrai, ce n’est pas une montagne insurmontable, mais ça demande beaucoup de préalables, beaucoup d'études pour pouvoir y arriver. Je pense que, avant de parler d'organisation, il faut être candidat. Un pays comme la Turquie - qui est candidat maintenant pour les Jeux de 2036 si je ne m'abuse - n'oublions pas qu'elle a été candidate plusieurs fois avec tous les grands stades qu'on voit - et qui sont des stades qui ont été faits grâce à la candidature - parce que chaque fois ils étaient recalés et ils savaient pourquoi ils étaient recalés. Ils sont repartis pour donner des preuves qu'ils pouvaient le faire. Ils ont organisé le championnat du monde de basket, des championnats du monde de natation. Donc, aujourd'hui, ils ont donné la preuve qu'ils pouvaient organiser un championnat du monde. Et collectivement, un jour ou l'autre, ils donneront la preuve qu'ils peuvent organiser un événement comme les Jeux olympiques.
Est-ce que l'Afrique du Sud, qui a réussi à organiser une Coupe du monde de football en 2010, n'a pas une petite longueur d'avance sur les autres pays africains pour être candidate aux Jeux olympiques 2036 par exemple ?
Oui, l'Afrique du Sud a une longueur d'avance. Mais n'oublions pas que la Coupe du monde, c'est une compétition avec un seul sport.
C'est après la clôture de ces JOJ que le Tribunal arbitral du sport va rendre son verdict sur la finale de la dernière Coupe d'Afrique des nations de football entre le Sénégal et le Maroc. Votre pronostic pour cette décision attendue fin novembre ?
Le pronostic ne peut être que pour le Sénégal. Donc les amis marocains m'en voudront. Mais bon, je pense que ce serait la logique du sport. Quoi qu'on puisse dire en fait, s’il y a un match qui est arrivé à terme, il y a des juristes qui sont mieux calés que moi, mais en tout cas, voilà, je pense qu'on ne peut pas pronostiquer autre chose que le trophée qui reste là où il est aujourd'hui. C'est tout ce qu'on souhaite au Sénégal.
Et d'après les premiers retours que vous avez de Lausanne en Suisse, vous êtes confiant ou pas ?
Tout le monde reste confiant jusqu'au verdict. Mais comme je l'ai dit, je pense qu'on a beaucoup, beaucoup d'éléments qui permettent au Sénégal d'être confiant dans le fait que la victoire restera ce qu'elle a été sur le terrain. Je ne vois pas d'autre issue.
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29/10/2026C'est une première depuis la « guerre du Kippour » entre l'Égypte et Israël en 1973 : l'Algérie va déployer des troupes à l'extérieur de ses frontières, à savoir au Niger. Le Parlement algérien a approuvé le projet le 25 octobre. Pourquoi ce changement de doctrine ? Et va-t-on vers l'installation d'une base militaire algérienne sur le sol nigérien ? Hasni Abidi, directeur du Centre d'études et de recherches sur le monde arabe et méditerranéen, répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Quels sont les objectifs d'Alger au Niger ? Est-ce qu'ils sont politiques ou économiques ?
Hasni Abidi : Pour Alger, il y a des éléments qui sont finalement d'ordre de sécurité mais aussi d'ordre économique. Du moment où les forces françaises sont retirées, les forces russes - en tout cas paramilitaires, avec Africa Corps - ont montré aussi leurs limites. Au Niger, vous avez aussi une force d'élite chargée de veiller sur la sécurité du président, qui est une force turque. Mais toutes ont montré des limites sécuritaires et les nouvelles autorités nigériennes se sont tournées vers Alger. L’Algérie avait aussi des intérêts très importants : sécuriser le gazoduc, qui est devenu une priorité stratégique pour l'Algérie, venant du Nigeria, en traversant le Niger pour arriver en Algérie. Évidemment, cette question-là, à mon sens, elle constitue l'élément central qui a convaincu les militaires algériens de pousser vers un soutien économique, militaire et politique des nouvelles autorités de Niamey.
Ce fameux gazoduc géant entre le Nigeria, le Niger et l'Algérie, est-ce un vrai projet qui va se faire dans les années qui viennent . Ou est-ce que c'est un mirage du grand désert saharien ?
Officiellement, le projet est passé d'une étude de faisabilité à l'exécution. Je pense que l'Algérie dispose de moyens financiers et économiques. Ce qui lui manquait, c'était plutôt de sécuriser ce projet. D'abord, l'Algérie a une certaine expertise en matière de gazoducs, puisqu’elle-même dispose de deux : un vers l'est qui part en Italie, l'autre vers l’ouest qui part en Espagne. Et l'infrastructure est déjà existante. Et l'Algérie nourrit cette ambition de devenir le véritable, je dirais, l'unique hub gazier économique et énergétique pour l'Europe. Évidemment, cette ambition passe nécessairement par ce gazoduc. D'abord, les quantités venant du Nigeria sont beaucoup plus importantes, sachant que l'Algérie, sa consommation locale du gaz est très, très, très importante. Et donc, c'est une alternative très intéressante pour Alger.
Est-ce qu'on sait ce que contient le protocole de coopération militaire que viennent de signer Alger et Niamey ?
Le protocole militaire n'est pas publié. Ce qu'on sait aujourd'hui, c'est que la présence des avions militaires à Niamey, et aussi dans d'autres bases, nécessite forcément la présence aussi de militaires. Et l'idée d'une base ou d'une position militaire avancée est à l'ordre du jour. Un autre élément qui n'est pas public, c'est bien sûr cette pointe des trois frontières entre le Niger, l'Algérie et la Libye. L’Algérie est très intéressée par cette région. Pour deux raisons : la première, c'est que l'Algérie et la Sonatrach [entreprise publique des hydrocarbures, en Algérie, NDLR], avaient investi déjà dans plusieurs champs gaziers depuis l'ère de Kadhafi ; le deuxième élément, c'est que les forces de Khalifa Haftar [maréchal qui dirige l'est de la Libye, NDLR] sont arrivées jusqu'à la frontière algéro-libyenne. Et depuis cette séquence, les Algériens, en tout cas, ont pris les choses au sérieux, c'est-à-dire en sécurisant leur frontière avec la Libye.
On parle de l'implantation éventuelle de l'armée algérienne sur la base nigérienne de Madama, à l'extrême nord-est du Niger, à une centaine de kilomètres de la frontière libyenne.
Oui, sachant les relations très importantes entre les Émirats arabes unis, Abou Dhabi et Khalifa Haftar, le gouvernement de l'est. Il y a aussi cette nouvelle complication : les relations étant rompues entre Abou Dhabi et Alger, les Algériens ne pouvaient pas se permettre de laisser les forces de Khalifa Haftar, qui est proche d'Abou Dhabi, contrôler cette région. D'autant plus que les Algériens ont déjà des investissements économiques pas loin de cette région frontalière.
Vous ne seriez donc pas étonné que les Algériens s'implantent sur la base de Madama ?
Il n'est pas exclu que les Algériens s'implantent et les autorités du Niger veulent un soutien militaire. Évidemment, c'est aux Algériens de trouver quelles sont les réponses et comment concrétiser finalement la sécurité du Niger qui passe par la sécurité du régime à Niamey.
Quel est le positionnement d'Alger par rapport à Haftar ?
Les relations sont tendues entre Haftar et Alger. Cependant, Alger observe que le Maréchal Haftar a réussi à normaliser ses relations avec un autre pays qui s'entend bien avec Alger, à savoir la Turquie. Le gouvernement de l'Est libyen a même ratifié un accord controversé qui offre plusieurs avantages à la Turquie. Mais je pense que l'amélioration des relations entre le camp Haftar et la Turquie va amener aussi les Algériens à réviser leurs relations avec le camp de l'Est. D'autant plus qu'aujourd'hui, il y a des préparatifs très sérieux, probablement soutenus par les Américains, pour un départ du Maréchal Haftar au profit de ses enfants, de son fils Saddam et son fils Belgacem, avec probablement aussi la famille Dbeibah [du Premier ministre Abdelhamid Dbeibah qui dirige le gouvernement de Tripoi, NDLR] du côté de l’ouest de la Libye. En quelque sorte, la prochaine configuration politique en Libye va aussi dicter une nouvelle approche de l'Algérie, ce qui explique la réunion qui a eu lieu cette semaine entre les États voisins de la Libye, à savoir l'Égypte, la Tunisie et l'Algérie.
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28/10/2026C'est ce mercredi 28 octobre que doit s'ouvrir à Moscou le troisième sommet Russie-Afrique, où Vladimir Poutine espère réunir entre 15 et 20 chefs d'État africains. Les enjeux pour la Russie : fiabiliser son offre sécuritaire aux pays africains en situation instable et développer ses relations économiques et commerciales avec le continent africain. Mais quelles sont les marges financières de la Russie, au moment où son effort de guerre contre l'Ukraine absorbe 40 % de son budget ? Paul-Simon Handy est le directeur du bureau Union africaine de l'Institut d'études de sécurité. En ligne depuis Addis Abeba, il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Au Mali, les Russes ont perdu Kidal et leur principal homme de confiance à Bamako, le général Sadio Camara, c'était le 26 avril. Mais le 6 octobre, ils ont reconquis Kidal avec les Fama, les forces armées maliennes. Est-ce qu'on peut dire que cette victoire militaire tombe à pic ?
Paul-Simon Handy : Elle tombe certainement à pic avant le sommet Russie-Afrique, la Russie peut se positionner en partenaire de confiance. Mais moi, je continue de dire que ce n'est qu'une victoire tactique. C'est un succès tactique qui ne rétablit pas forcément la sécurité et surtout pas la stabilité structurelle à Kidal, qui n'exclut pas qu'il y ait un renversement de situation dans les prochains mois. Et je ne pense pas que les services publics retourneront de sitôt à Kidal. Donc, il y a eu un succès sur le terrain, mais sa durabilité reste encore à démontrer.
Des instructeurs russes au Togo, des armes russes qui débarquent au port de Lomé à destination de Bamako… Est-ce que tout cela n'est pas le signe que la Russie est en train de réussir à étendre son influence au-delà des trois pays du Sahel central ?
La Russie offre des instruments de protection des pouvoirs et elle est capable de le faire aujourd'hui. Mais je ne sais pas si on peut parler de réussite à long terme. Je ne pense pas que ce soit un acquis. Lorsqu'il s'agit du Sahel, la Russie gagnerait, à mon avis, à transformer cette offre purement de défense et de maintien des pouvoirs en une véritable offre économique qui créerait des biens publics régionaux ou même qui s'élargirait aussi aux domaines technologiques.
Et à Madagascar, depuis la chute d’Andry Rajoelina et l'arrivée du colonel Michaël Randrianirina, est-ce que la Russie n'est pas en train de faire une percée ?
Alors c'est sûr que la Russie va faire une percée. Il faudrait encore savoir quelles seront les modalités. Le pouvoir de transition à Madagascar a besoin d'alliés qui ne sont pas très regardants sur les conditions qu'on pose à la transition. Il est très probable que la Russie ait des réponses ponctuelles aux besoins qu'exprimerait le pouvoir de transition à Madagascar. Notamment des besoins en termes d'équipements militaires, de contrôle des foules, des besoins même en termes de drones, de livraison de drones. Donc, oui, la Russie pourrait, là encore, avoir des solutions ponctuelles à des besoins qui sont pressants, mais je ne pense pas que ce soit sur le long terme, ce qui peut construire les fondements d'une relation bilatérale multisectorielle et apaisée.
Sur le plan économique, est-ce que le coût de la guerre contre l'Ukraine ne réduit pas les capacités budgétaires de la Russie pour investir en Afrique, pour aider, par exemple, à la restructuration des dettes souveraines ?
Je pense que, si la Russie, au-delà de la défense, trouve en Afrique des débouchés pour ses céréales et surtout pour ses engrais, elle a beau jeu d'essayer d'exclure l'Ukraine de ce marché qui peut s'avérer juteux compte tenu de la dépendance de certains pays africains aux céréales et à certains types d'engrais en provenance de Russie et à l'époque aussi en provenance de l'Ukraine. Mais je pense que la marge de manœuvre de la Russie s'en trouve diminuée, justement parce que l'effort de guerre lui coûte énormément. Vu l'ensemble des déclarations de Moscou et de ses grandes orientations de politique africaine, je pense que, pour mettre en œuvre toutes ces orientations, il faudrait que Moscou puisse avoir une marge de manœuvre fiscale et budgétaire qui ne me semble pas être présente en ce moment. Donc oui, la guerre en Ukraine fait peut-être que la Russie ne puisse se contenter que d'une aide en matière de défense et d'une coopération commerciale en matière de provisions d'engrais et de matériel agricole.
Est-ce que des pays comme la République centrafricaine ne sont pas en train de tester une politique étrangère à double face, une alliance sécuritaire avec la Russie et une alliance budgétaire avec la France ?
Probablement. En tout cas, on voit bien que la République centrafricaine se garde bien de choisir entre la Russie, la France et les autres pays occidentaux. Pour le moment, on a plutôt l'impression qu’elle multiplie les conditions de sa dépendance.
Suite au recrutement par la Russie de plusieurs centaines de mercenaires kényans pour aller combattre en Ukraine, le ministère kényan des Affaires étrangères a élevé la voix : « Il est inacceptable que nos jeunes servent de chair à canon ». Est-ce que cette pratique du recrutement de mercenaires ne risque pas de compliquer le message anti-impérialiste de Moscou ?
Oui, sans équivoque aucune. Il complique ce message et il démontre à ceux qui avaient besoin de preuves que la Russie, finalement, utilise des méthodes qui sont très peu différentes des méthodes qu'elle dit vouloir remettre en question. Notamment, elle a recours à des agences de sécurité privées pour recruter des jeunes Africains et les envoyer dans des théâtres de guerre en Ukraine. Ceci est tout sauf du soutien à l'indépendance et la souveraineté des pays africains. C'est véritablement de l'utilisation et de l'abus de la misère de certains jeunes Africains en quête d'opportunités pour les emmener faire la guerre. Une guerre qui ne les regarde pas du tout.
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Su Le grand invité Afrique
Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
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