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  • Le grand invité Afrique

    RDC: «Le pic de l'épidémie Ebola est derrière nous», selon le ministre congolais de la Santé

    15/10/2026
    « Oui, le virus Ebola se déplace vers la province du Nord-Kivu, mais le pic de l'épidémie est derrière nous et nous espérons le lancement d'un vaccin d'ici deux mois », déclare ce jeudi 15 octobre sur RFI le ministre congolais de la Santé publique, de l'Hygiène et de la Prévoyance sociale. En ligne de Kinshasa, le ministre Samuel Roger Kamba, qui est aussi médecin pédiatre, répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
    RFI : À ce jour, combien de cas Ebola et combien de décès dus à Ebola sont enregistrés dans votre pays ?
    Samuel Roger Kamba : Nous sommes au-delà de 9 000 cas et au-delà de 4 300 décès. On est autour d'une mortalité de 48,2 %.
    C'est-à-dire que, malheureusement, près d’un patient sur deux décède ?
    À peu près oui.
    Est-ce à dire, Monsieur le ministre, que le pic de l'épidémie n'est toujours pas atteint ?
    Non, cela n'a rien à voir. Le pic, c'est le nombre de nouveaux cas par jour, le plus élevé que nous avons, et le nombre de décès par jour, le plus élevé. Alors, au plus haut de l'épidémie, nous avons atteint à peu près 120 nouveaux cas par jour et nous avons atteint à peu près 50 décès par jour. Et donc, actuellement, nous sommes autour de 50 à 70 cas nouveaux par jour. C'est pour cela que nous disons que le pic est dépassé parce que ce sont des données qui sont consolidées sur plusieurs semaines, ce ne sont pas des données journalières. Donc, quand nous disons que le pic est passé, cela ne veut pas dire que l'épidémie est passée. Cela veut dire que le nombre de nouveaux cas a baissé et le nombre de décès par jour a baissé et est en train de baisser. C'est pour ça que nous disons que le pic est passé.
    Alors, plusieurs ONG, dont Médecins sans Frontières, affirment qu'après la province de l'Ituri, il y a maintenant une flambée de l'épidémie dans la province du Nord-Kivu. Est-ce que vous le confirmez ?
    Je le confirme. Vous savez, la particularité de cette épidémie, c'est la mobilité. On voit que cette épidémie a commencé malheureusement dans une zone minière, qui est la zone de Mongbwalu, en Ituri. Et cette zone minière a bien entendu, comme toutes les mines, beaucoup de personnes qui viennent y travailler sans nécessairement résider de manière permanente dans la zone. Mais la conséquence est que, dès qu'elles tombent malades, qu'est-ce qu'elles font ? Elles essaient de rentrer chez elles. Et c'est ça qui a fait que l'épidémie s'est répandue très, très vite dès le départ. Parce que dans la zone de Mongbwalu, on trouve beaucoup d'habitants du Nord-Kivu qui viennent travailler, bien sûr comme commerçants ou comme mineurs. Dès qu'elles tombent malades, ces personnes rentrent chez elles et c’est donc difficile à suivre. La deuxième chose, c'est que cette épidémie est arrivée en Ituri, qui est un carrefour commercial très important, et donc les foyers qui sont très actifs sont à la frontière entre le Nord-Kivu et l'Ituri. Et effectivement, on a plus de nouveaux cas maintenant au Nord-Kivu qu’en Ituri. C'est pour ça que ces ONG disent - elles ont raison - que l'épidémie, en termes d'épicentre, s'est déplacée vers le Nord-Kivu. Maintenant, quand je dis, moi, que le pic est dépassé, c'est que je compte le nombre total de nouveaux cas par jour, que ce soit dans le Nord-Kivu et dans l'Ituri. Et quand on compare au taux que je vous ai dit tout à l'heure, on était autour de 120 nouveaux cas par jour, aujourd'hui, on est entre 50 et 70 nouveaux cas par jour. C'est variable. Il y a des jours où on a beaucoup plus et des jours où on a beaucoup moins, mais lissé sur trois semaines, on est entre 50 et 70 nouveaux cas par jour. Et c'est pour ça que nous disons que le pic est derrière nous. Mais c'est aussi pour cela que nous disons que le Nord-Kivu est l'endroit que nous regardons avec plus de vigilance maintenant, notamment trois endroits à Beni, à Butembo et Katwa. Ce sont des endroits que nous regardons avec beaucoup, beaucoup de vigilance maintenant. D'ailleurs, notre incident manager, le professeur Ahuka, est sur place à Beni parce que nous voulons absolument stopper cette épidémie là-bas.
    Prenons le cas, justement, de ces deux grandes villes du Nord-Kivu que sont Beni et Butembo, et qui sont sous le contrôle gouvernemental. Est-ce que vous y avez à présent suffisamment de personnel congolais et international, et suffisamment de matériel et de centres de soins ?
    Absolument. Et sur place, à Beni, nous avons mis le laboratoire pour pouvoir diagnostiquer le plus rapidement possible. Nous avons mis les équipes de traitement. Parce que vous savez que maintenant nous utilisons un protocole qu'on appelle protocole Meuri, qui nous permet effectivement d'utiliser des médicaments déjà connus comme le Remdésivir. Ce médicament montre des résultats très positifs quand on le donne aux malades rapidement, sans qu'il soit déjà trop tard, et quand on le donne aux personnes contact pour qu'elles ne développent pas la maladie. Et donc nous avons ces équipes de traitement qui sont déjà à Beni pour ça.
    Qu'en est-il, Monsieur le ministre, des zones qui sont sous le contrôle des rebelles et qui sont aussi touchées par le virus Ebola ? Je pense notamment aux localités de Kayna et d'Alimbongo.
    D'abord, vous savez que nous n'avons pas de contact avec les rebelles et donc nous n'avons pas nécessairement les informations fiables. Mais, ce qui est certain, c'est que nos équipes parviennent à nous transmettre les résultats et, justement, nous donnent de temps en temps des résultats que nous pouvons évaluer. Mais le problème, c'est que quand nous avons des résultats de laboratoire, ça ne dit rien par rapport à la situation réelle des malades dans ces zones contrôlées.
    Est-ce que la lutte contre ce virus ne pourrait pas être une cause commune à tous les Congolais, quel que soit leur bord politique ou militaire ? Est-ce que cette lutte ne pourrait pas être à l'ordre du jour des prochains pourparlers au Qatar, si jamais il y en a de nouveau ?
    Dès le départ, si vous vous rappelez, de cette épidémie, nous avons dit, et moi personnellement je l'ai dit : l'épidémie n'a pas de frontières. Nous avons demandé en ce temps-là que nous puissions avoir le contrôle. Parce que je vous donne un exemple. Un malade qui est dans la zone que nous contrôlons, nous cherchons à savoir quelles sont les personnes avec lesquelles il a été en contact. Et c'est très important, le suivi des contacts. Mais cette personne se déplace et elle rentre dans la zone sous contrôle rebelle. Nous n'avons plus de contact avec la personne, mais nous n'avons plus, non plus, le moyen de suivre ses contacts. Et donc, nous perdons effectivement la possibilité de savoir combien de personnes sont contaminées par cette personne-là. Nous avons dès le départ dit qu’il fallait que le gouvernement contrôle l'épidémie sur toute la zone, parce qu’un cas qui revient d'on ne sait d'où, ce cas va entraîner une résurgence de l'épidémie. Et pourquoi nous ne pouvons pas laisser ça aux mains des rebelles ? Premièrement parce que c'est la souveraineté du Congo, mais deuxièmement, parce que l'organisation sanitaire est sous notre contrôle de manière générale.
    Donc, vous ne reconnaissez pas aux rebelles les compétences pour gérer l'épidémie, mais vu qu'ils occupent une partie importante de la province du Nord-Kivu, est-ce qu'il ne faut pas que vous partagiez des informations avec eux ?
    On ne peut pas. On n'a pas de canaux de travail avec eux, nous n'en aurons pas. Mais les organisations internationales comme l'OMS, comme l'Unicef, sont là. Et vous vous rappelez que ce n'est pas la première épidémie que nous avons. Nous avions déjà le Mpox, et nous avions déjà demandé des couloirs pour que nous puissions, nous, ramener nos équipements pour soigner, pour vacciner, pour donner les intrants à nos populations. Et déjà pour les organisations internationales, c'était très difficile. Donc nous ne leur reconnaissons ni compétence, ni légalité, pour faire quoi que ce soit.
    Monsieur le ministre, la riposte a été longtemps freinée par la défiance des populations. Il y a même eu des attaques contre les humanitaires et les centres de soins. Est-ce que cela continue ?
    Cela continue. Pas plus tard que la semaine passée, un de nos prestataires a reçu un coup de machette sur la tête parce que, tout simplement, il allait suivre les contacts. Et encore une fois, il y a une semaine, un peu plus, un autre Congolais, qui est passé sur une radio juste pour sensibiliser la population contre cette maladie, a été malheureusement molesté et tué. Donc, il y a des zones où justement la manipulation, faite aussi bien par des groupes rebelles que par d'autres, dit que « si l'épidémie est là, c'est parce que le gouvernement veut vous tuer ». Ça c'est de la manipulation. Et donc cela entraîne encore la résistance populaire. Bien entendu, beaucoup a été fait. La sensibilisation a été très importante, mais on a encore effectivement des poches de résistance qui font que la maladie n'est pas encore complètement admise par certaines populations à certains endroits, pas partout, mais à certains endroits.
    Sur le plan financier, depuis plusieurs mois, des centaines de millions d'euros ont été débloqués par la communauté internationale. Est-ce que les montants sont désormais suffisants ?
    Alors ça, c'est une question très importante parce qu’il nous est tout le temps demandé la transparence. Moi, j'ai eu des réunions avec tous les partenaires et nous demandons la transparence. Pourquoi nous demandons la transparence ? Parce qu'on dit souvent que c'est le gouvernement qui ne gère pas bien, mais je peux vous assurer, en l'occurrence, que les 50 millions de dollars que le gouvernement congolais a débloqués peuvent être tracés au centime près parce que tout passe par voie bancaire. Par contre, les centaines de millions dont vous parlez, ce sont des objets de réclamation de notre part, de manière permanente, pour au moins avoir la traçabilité de l'argent. Je peux vous assurer que mercredi de la semaine dernière, à notre réunion de partenaires, on a pu valider 250 millions de dollars au total depuis le début de la riposte. Sur les 250 millions de dollars, bien entendu, là-dedans, il y a les 50 millions du gouvernement congolais. Voilà la situation financière. Donc, quand on parle de centaines de millions de dollars, c'est beaucoup d'annonces, mais les annonces qui sont faites au niveau international et la réalité qui est sur le terrain, c'est complètement différent.
    Au total, avez-vous chiffré la somme qui a été débloquée par la communauté internationale ?  
    Mais comment est-ce qu'on va chiffrer si nous avons des difficultés de traçabilité ? Parce que je viens de vous dire que la semaine dernière, ce que nous avons pu tracer de manière officielle avec tous les partenaires réunis, c'est 250 millions de dollars. À partir de là, nos demandes permanentes, c'est la traçabilité : qui a reçu quoi ? pour faire quoi ? Parce qu'on n'arrive pas à tout tracer.
    Vous parlez de 250 millions de dollars. Les Américains affirment avoir débloqué une aide totale de 880 millions de dollars. Où sont les centaines de millions de dollars en plus ?
    C'est pour ça que je vous dis, et je l'ai dit aux Américains justement, j'ai eu une grosse réunion avec le département d'État la semaine dernière. Donc, ce que je vous dis, ce n’est pas un scoop pour eux. Je leur ai dit :« Ce qu'on veut, c'est justement savoir à qui vous avez remis cet argent, pour faire quoi et qu’ont-ils déjà fait ? » Même le président de la République nous a déjà tous réunis pour exiger qu’on nous dise qui a reçu quoi et qui fait quoi avec cet argent.
    Pour l'instant, docteur, faute de vaccin contre la souche actuelle du virus, la souche Bundibugyo, on vaccine avec un produit contre une autre souche plus ancienne. Mais est-ce que ça marche ?
    Alors, deux réponses. La première, c'est que vous savez qu’une des explications de l'augmentation du nombre de cas de ce virus, c'est effectivement le fait qu’on n'a pas de vaccin spécifique contre ce virus. Et dès le départ, nous n'avons donc utilisé ni vaccin ni traitement spécifique. Alors heureusement que les scientifiques nous ont dit, à peu près deux mois plus tard, que l’on voit que, au laboratoire, il y a une probable protection croisée entre le vaccin de la souche Zaïre, que nous connaissons, par rapport à la souche Bundibugyo, qui est nouvelle. Et nous-mêmes, sur le terrain, nous avons constaté, notamment à l'épicentre de la maladie, que les personnes qui avaient été vaccinées contre cette maladie lors de l'ancienne épidémie de 2018, ou ne développaient pas la maladie ou alors faisaient une maladie qui n'entraînait pas le décès. C'est ce que nous avons constaté chez le personnel de soins qui était anciennement vacciné par le vaccin du virus Zaïre. Donc, sur cette base-là, nous avons demandé d'évaluer ce vaccin Zaïre contre la souche Bundibugyo. Donc, on a levé l'option de faire deux choses. Premièrement, de faire l'étude avec ce vaccin pour voir s'il peut être efficace, mais deuxièmement, de l'utiliser déjà comme nous on dit, « à titre compassionnel ». C'est-à-dire qu’on va le donner au personnel de soin, au personnel de première ligne et aux personnes les plus à risque. À côté de ça, on fait aussi l'étude, toujours avec le même vaccin, pour voir son efficacité probable. C'est ce que nous sommes en train de faire et nous n'avons pas encore de résultats pour l'instant parce qu’il y a besoin d'un recul. Nous avons commencé cela, il y a un peu plus d'un mois, donc nous n'avons pas encore assez de recul pour tirer des conclusions. Ce que je peux dire en termes de constat, c'est que les personnes qui ont été vaccinées, pour l'instant, on n’en a quasiment pas qui ont développé la maladie. Mais, encore une fois, je répète que scientifiquement je ne peux encore rien dire parce que l'étude est en cours. Ce que je peux donner seulement, c'est un avis, un constat de terrain.
    Et à quand un vaccin contre la souche Bundibugyo ?
    Alors, il y a deux candidats vaccins qui sont en train d'être testés actuellement. On est à la deuxième phase. On devrait commencer la troisième phase assez rapidement aussi. Un vaccin par l'université d'Oxford et un autre par les Canadiens. Ce sont ces deux candidats vaccins. En principe, on a encore peut-être un ou deux mois avant d'avoir des résultats et, éventuellement, de l'utiliser.
    Des experts de l'OMS disent qu'un essai clinique sur l'un de ces vaccins pourrait être lancé avant la fin de ce mois d'octobre.
    C'est ça la troisième phase dont je parlais pour dire qu’on devrait commencer bientôt la troisième phase, donc, pour voir l'efficacité du vaccin. Vous savez, il y a deux phases préalables. La première, c'est de s'assurer que le produit n'est pas dangereux, qu’il n'est pas toxique. La deuxième phase, c'est de s'assurer que ce produit, qui n'est pas dangereux, qui n'est pas toxique, produit des anticorps. Et la troisième phase, c'est de s'assurer que ces anticorps-là sont efficaces. Et c'est cette troisième phase qui devrait commencer.
    Et elle se terminera quand cette troisième phase, pour un vrai lancement du vaccin ?
    Comme je viens de vous dire, on se donne peut-être encore deux mois pour pouvoir éventuellement lancer ce vaccin.
    À lire aussiRDC: À Bunia, la riposte contre Ebola au plus près des communautés, des femmes et des enfants
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    RDC: «Prendre la tête de la rébellion permet à Joseph Kabila de la rassembler et de clarifier les choses»

    14/10/2026
    La rébellion change de visage. Depuis lundi, c'est l'ancien président Joseph Kabila lui-même qui prend la tête du mouvement politico-militaire, qui était basé à Goma sous le nom de l'AFC-M23 et qui s'appelle désormais le FRN, le Front pour la Refondation de la Nation. Pourquoi ce coup politique de la part de celui qui a gouverné la RDC de 2001 à 2019 ? Et quelle est derrière la stratégie du Rwanda ? Pierre Boisselet est le directeur du département Violences à l'Institut Ebuteli. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
    RFI : Quelle est la stratégie de Joseph Kabila en montant en première ligne ?
    Pierre Boisselet : ce qu'on peut dire, c'est d'abord qu'il n'avait pas forcément grand-chose à perdre en s'affichant à la tête de cette rébellion. Parce qu'il était en exil depuis assez longtemps, il avait été condamné à mort par contumace en RDC. Donc je pense d'abord que la prise par Joseph Kabila de la tête de la rébellion lui permet de la rassembler. Et on sait que ces dernières semaines, ces derniers mois, il y avait pas mal de divisions en interne au sein de la rébellion. Et là, son arrivée à la tête de cette nouvelle structure permet de clarifier un peu les choses.   
    « Le Congo n'est plus une République, mais une dictature », a lancé Joseph Kabila la semaine dernière. Est-ce qu'il ne risque pas de s'entendre dire que lui-même était peut-être un dictateur, non, quand il présidait le Congo ?
    Oui effectivement, il paraît assez mal placé pour faire cette remarque. On se souvient qu'il y a certaines des élections qui l'ont maintenu au pouvoir, notamment en 2011, qui étaient très contestées. On sait qu'il est resté au-delà de son mandat constitutionnel et que la fin de sa présidence était extrêmement tourmentée. Donc effectivement, il paraît mal placé pour faire ces commentaires. Je pense qu'effectivement il ne faut pas sous-estimer, disons, le souvenir négatif qu'a laissé la présidence de Joseph Kabila auprès de nombreux Congolais. Une anecdote parmi d'autres. Mais je me souviens que lorsque le camp de Félix Tshisekedi avait enfin pris tout le pouvoir en 2020, après une courte période de coalition entre les deux, il y avait eu une clameur à Kinshasa qui célébrait le fait de se débarrasser de l'influence de l'ancien président. Voilà. Donc c'est certain que la gouvernance du président Félix Tshisekedi laisse des frustrations, des contestations. Tout le monde n'est pas extrêmement heureux de la gouvernance de Félix Tshisekedi, qu'il dit. Mais de là à se rallier à un ancien président qui n'est pas très populaire et qui est visiblement soutenu par une puissance étrangère et largement considéré comme hostile. Voilà, ça ne se passe pas forcément dans les meilleures dispositions pour rallier à lui.
    Alors, depuis juillet 2025, un peu plus d'un an, donc, il y a une médiation du Qatar en vue d'un vrai cessez-le-feu entre le gouvernement congolais et les rebelles de l’AFC-M23. Mais avec la création de ce FRN, le Front pour la refondation de la nation, est-ce que le processus de Doha ne devient pas hors sol ?
    Effectivement, on peut se poser la question. Bon, déjà, il faut dire qu'il était assez fragile. Ça fait effectivement plus d'un an qu'il avait commencé. Il n'avait pas forcément donné beaucoup de résultats tangibles. Par exemple, le processus n'a pas empêché les rebelles de prendre la ville d'Uvira en fin d'année dernière avant de se retirer sous la pression. Mais enfin, disons qu'il existait encore et il entretenait cette idée que, peut-être, il était possible de trouver un compromis entre les rebelles et le gouvernement congolais sur la justice transitionnelle. Peut-être le partage du pouvoir au niveau local.
    Les échanges de prisonniers ?
    Des échanges de prisonniers, la démobilisation à venir des rebelles, etc. Donc ce processus avait au moins pour mérite de laisser entrevoir une fin négociée à cette crise. Aujourd'hui, étant donné la posture de Joseph Kabila qui a dit qu'il n'y avait rien à attendre du gouvernement actuel de la RDC, étant donné son objectif affiché de renverser le régime actuel, c'est assez difficile de voir ce qu'il reste à négocier. Et bon, à moins de pression internationale intense, je pense que tous les acteurs ont là un prétexte pour suspendre leur participation au processus.
    Alors, pour se rendre à Goma ce lundi, Joseph Kabila est forcément passé par Kigali. Quel est, pour le président rwandais Paul Kagame, l'intérêt de voir Joseph Kabila prendre le leadership de la rébellion congolaise ?
    Alors, je pense qu'il y a un intérêt clé qui est que ça permet de donner une image beaucoup plus congolaise à cette crise. À partir du moment où un ancien président que tout le monde connaît devient une des parties au conflit, ça change un peu l'image qu'on pouvait avoir des rebelles qui jusque-là pouvaient être des gens relativement marginaux dans le système soutenu à bout de bras par un pays étranger.
    Joseph Kabila est mieux connu que Corneille Nangaa ?
    Bien sûr. Clairement, c'est ce que son statut d'ancien président lui donne, les contacts qu'il peut avoir dans la région, etc. Ça va forcément donner une autre image à la rébellion. Et du point de vue de la communication, je pense que c'est un des objectifs.
    En 1997, lors de la conquête du Congo-Kinshasa par les troupes rwandaises, Paul Kagame avait mis en avant le chef rebelle congolais Laurent-Désiré Kabila. Est-ce qu'il est en train d'essayer la même opération politique avec le fils, Joseph Kabila ?
    Peut-être, on peut l'imaginer. En tout cas, ça ne peut que rappeler cet épisode-là aux Congolais et ça fait clairement peser cette menace. Après, il faut dire peut-être aussi que la situation géopolitique est quand même assez différente. Notamment, les États-Unis se sont plutôt rangés du côté du président Félix Tshisekedi dans cette crise, au moins depuis l'élection de Donald Trump. Ce qui est très différent de la situation de 97.
    De 1997 où Bill Clinton soutenait Paul Kagame et Laurent-Désiré Kabila ?
    Oui, il y avait à l'époque une bien plus grande bienveillance, je pense, de la part des États-Unis, à l'égard à la fois du Rwanda et des rebelles.
    À lire aussiRDC: Joseph Kabila revient dans le jeu, mais la voie armée peut-elle le sortir de l’impasse?
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    La visite de Felipe VI à Ceuta «permet de réaffirmer l'unité territoriale au-delà des clivages politiques»

    13/10/2026
    Le Roi d'Espagne Felipe VI débute ce mardi une visite de deux jours dans les enclaves de Ceuta et Melilla, située au Nord du Maroc, un peu plus de deux mois après la crise migratoire où des dizaines de milliers de personnes ont franchi la frontière. Quels sont les enjeux de cette visite historique, la première depuis 2007 ? Qu'en est-il des relations diplomatiques entre Rabat et Madrid ? Sara Benjelloun, docteure en sciences politiques et expertes des questions migratoires, répond aux questions de Sophiane Amazian.
    RFI : Sarah Benjelloun, le roi d'Espagne Felipe VI entame ce 13 octobre 2026 une visite de deux jours dans les enclaves de Ceuta et Melilla. Deux mois après la crise migratoire qui a vu près de 70 000 personnes, pour la plupart marocaines, franchir la frontière, pourquoi le roi d'Espagne décide de se déplacer maintenant ?
    Sarah Benjelloun : Nous sommes face à une visite qui a été initialement conçue comme un déplacement institutionnel, mais à laquelle la crise migratoire, le différend autour de la souveraineté sur les territoires de Ceuta et Melilla avec le Maroc et le contexte électoral espagnol, confèrent aujourd'hui une signification beaucoup plus politique. Elle permet de réaffirmer une forme de continuité institutionnelle et d'unité nationale sur la question territoriale, au-delà des clivages politiques.
    Depuis la crise migratoire de fin juillet dernier, le débat sur la souveraineté de Ceuta et Melilla semble s'être réouvert. Est-ce que cette visite royale doit être vue comme une réponse claire ?
    La crise migratoire de juillet a contribué à remettre cette question au premier plan du débat politique. En août, le ministre marocain de la Justice a réaffirmé les droits historiques et géographiques revendiqués par le Maroc sur les deux villes. À ce moment-là, la réaction espagnole a été particulièrement ferme. Dans ce contexte, la visite du couple royal permet à Madrid de répondre à la réaffirmation des revendications marocaines, non pas nécessairement par une nouvelle déclaration automatique, mais par un acte institutionnel particulièrement fort et symbolique : la présence du chef de l'État espagnol dans les deux villes.
    Est-ce que cette revendication de la souveraineté est une priorité dans les relations entre le Maroc et l’Espagne ?
    Il s'agit d'une priorité, effectivement, mais je pense que la réponse du côté du Maroc, comme la réponse espagnole, sera plus mesurée pour préserver l'état des relations bilatérales.
    Il y a de bonnes relations, vous le disiez, aussi depuis quelques années, et la reconnaissance du plan d'autonomie marocain pour le Sahara occidental ?
    Il y a eu un précédent. Le précédent, c'était en mai 2021. C'était une crise migratoire qui avait vu l'arrivée massive de migrants à Ceuta, qui s'était produite dans un contexte de crise diplomatique qui avait été déclenchée par l'accueil en Espagne du chef du Front Polisario pour des raisons médicales. Cette crise avait précédé le rapprochement de 2022 qui s'est construit autour d'un compromis stratégique : le soutien espagnol au plan marocain d'autonomie pour le Sahara occidental, en contrepartie d'une relance de la coopération marocaine notamment et principalement dans le domaine migratoire.
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    Dans son discours au Parlement, le roi Mohammed VI a évoqué la question migratoire et a pointé les limites du modèle actuel de coopération. Est-ce une manière de mettre la pression sur Madrid, avant cette visite ?
    On peut voir dans ce discours un message diplomatique adressé à Madrid. Le roi Mohammed VI reconnaît que la coopération entre les deux pays a enregistré des avancées importantes, notamment dans la lutte contre l'immigration irrégulière. Il considère néanmoins que le modèle actuel a atteint ses limites, comme le démontre, selon lui, les récentes crises migratoires. Le roi a surtout rappelé que la coopération avec Madrid constitue un choix souverain et volontaire du Maroc, qui ne peut être soumis à des pressions, à des menaces ou à un quelconque chantage.
    Et que souhaite concrètement Rabat ? Deux mois après les événements de Ceuta, on imagine, vous le disiez, plus de considération. S'agit-il de revoir la coopération au niveau migratoire, avec plus de moyens de l'Espagne et de l'Union européenne, par exemple ?
    Dans son discours, le souverain, notamment, pointait les difficultés liées à certaines dispositions juridiques et décisions judiciaires espagnoles, qu'il considère comme déconnectées des réalités du terrain et qui compliquerait le rapatriement des migrants, particulièrement celui des personnes mineures. Mohammed VI reconnaît que la coopération entre les deux pays rencontre des limites et qu'il faudrait la repenser, probablement avec plus de moyens financiers et matériels et une coopération migratoire plus étroite.
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  • Le grand invité Afrique

    Madagascar: «On ne voit pas actuellement comment il pourrait y avoir des élections à la fin 2027»

    12/10/2026
    À Madagascar, voilà un an que les militaires ont pris le pouvoir à la suite d'une vague de manifestations du mouvement Gen Z. Où en est aujourd'hui la transition politique ? Est-ce que les élections générales auront vraiment lieu d'ici un an, comme promis ? Et jusqu'où le nouveau régime s'est rapproché de la Russie de Vladimir Poutine ? Thierry Vircoulon, chercheur associé à l'Institut français des relations internationales (Ifri), répond aux questions de RFI.
    RFI : Où en est la transition politique, un an après l'arrivée au pouvoir des militaires ?
    Thierry Vircoulon : La transition politique à Madagascar s'est assez largement enlisée puisque le calendrier qui avait été émis par les autorités de transition prévoyait une transition en trois étapes. Une concertation nationale, première étape, un référendum constitutionnel, deuxième étape, et puis les élections générales à la fin. Et on voit qu'en fait, le calendrier a glissé puisque normalement la concertation nationale aurait déjà dû être terminée. Or, elle semble à peine commencée depuis la fin du mois de septembre, et encore, on n'en est pas très sûr, et on voit que le colonel Michael Randrianirina a promis des élections à la fin de 2027 et que, évidemment, ces élections sont conditionnées par l'accomplissement de la concertation nationale et d'un référendum constitutionnel. Et donc on ne voit pas actuellement comment il pourrait y avoir des élections à la fin 2027 vu le retard considérable qui a été pris dans ce calendrier. 
    L'un des changements les plus visibles depuis un an, c'est le rapprochement de Madagascar avec la Russie. Est-ce à dire que la Grande île est tombée dans l'orbite de Moscou ?
    Non, ce serait excessif de dire ça. Mais ce qu'on peut dire, c'est que Moscou déploie tout son écosystème d'influence à Madagascar dans la mesure où, depuis le mois de décembre 2025, la Russie a envoyé des instructeurs militaires, elle a déployé du monde dans le secteur sécuritaire, dans le secteur aussi économique et puis dans les secteurs culturels, avec la création d'une maison russe à Antananarivo, avec le développement des partenariats entre des médias russes et des médias malgaches, et puis même l'autorisation de l'implantation de l'Église orthodoxe à Madagascar. Donc, on voit l'écosystème d'influence habituelle de Moscou se mettre en place dans la Grande île. 
    Est-ce que le principal avantage offert par Moscou, ce n'est pas tout simplement le fait que le colonel Michael Randrianirina bénéficie à présent d'une escorte de paramilitaires russes d'Africa Corps, qui assure sa sécurité personnelle ?
    Ça a été en effet le point d'entrée de la Russie, c'est-à-dire la sécurisation du régime. Et on sait que c'est le point d'entrée de la Russie dans la plupart des régimes africains. Ils proposent un partenariat sur la sécurité. Donc le colonel, en effet, est en partie sécurisé par des éléments russes. Mais au-delà, on voit que Moscou ne se contente pas du secteur de la sécurité et que la Russie essaie de se développer aussi dans le champ économique, avec beaucoup de Russes qui prospectent divers secteurs économiques dans la Grande île.
    Et la France, quels sont les atouts qui lui restent dans la Grande Ile ?
    La France essaie de maintenir ses positions depuis que la Russie s'est rapprochée du régime. Elle essaye d'intensifier sa coopération aussi dans le secteur sécuritaire, avec en effet des formations et puis des exercices militaires conjoints entre forces françaises et forces malgaches. Et dans le domaine économique aussi, où un certain nombre de projets prioritaires ont été identifiés. Il y a notamment des échanges entre le secteur privé français et le secteur privé malgache pour soutenir ses positions.
    À la suite d'une visite éclair de la ministre française de la Défense à Antananarivo il y a quelques jours, la France s'engage à livrer plusieurs dizaines de drones de surveillance pour lutter contre la pêche illégale. Est-ce une façon de rester présent sur le terrain sécuritaire ?
    Oui, les drones étant devenus le gadget le plus à la mode de tout arsenal militaire, il y a l'idée de les employer pour la pêche illégale. Ça peut être aussi employé pour surveiller les problèmes de vol de bétail dans le sud du pays. Enfin, il y a plusieurs problèmes de sécurité qui peuvent nécessiter des drones. Le drone, c'est surtout un produit d'appel et ce n'est pas la solution des problèmes sécuritaires.
    Alors, dans un an, officiellement, les élections doivent clôturer la transition. Or, en avril dernier, lors d'une rencontre à Moscou, la présidente de la Commission électorale de la Russie a offert ses services au président de la Commission électorale de Madagascar. Que faut-il en penser ?
    Le problème pour le moment, c'est, je le disais tout à l'heure, le caractère irréaliste du calendrier. Entre toutes les opérations de préparation électorale qu'il faut faire et des élections à la fin 2027, on voit bien que ça ne colle pas. Ça risque d'ailleurs de donner lieu à un moment à une tension politique avec les organisations de la société civile et aussi des partis politiques. Parce que la question de la vérification du fichier électoral, la question d'une nouvelle loi électorale, la question de la réforme de la Commission électorale, tout ça, pour le moment, n'a pas été abordé. Et ça, c'est les sujets durs du processus électoral. Et donc la visite du président de la Commission électorale malgache en Russie a suscité un peu d'émoi dans la société civile. Mais le principal problème, c'est quand même le caractère irréaliste du calendrier électoral jusqu'en 2027.
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    Agnès Callamard: avec Navi Pillay, «le comité Nobel n'aurait pas pu choisir quelqu'un de plus important»

    10/10/2026
    Le prix Nobel de la paix a été attribué hier, vendredi 9 octobre, à la Sud-Africaine Navanethem « Navi » Pillay, juge passée par les plus grandes institutions internationales, dont le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme. Dans un contexte de fortes tensions autour de la justice internationale qui est de plus en plus contestée, que vient récompenser ce Nobel et quel signal envoie-t-il ? Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, était avec Navi Pillay à Nuremberg, en Allemagne, au moment de l’annonce. Elle répond aux questions de Clothilde Hazard.
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Du lundi au samedi, Christophe Boisbouvier reçoit un acteur de l'actualité africaine, chef d'État ou rebelle, footballeur ou avocate... Le grand invité Afrique, c'est parfois polémique, mais ce n'est jamais langue de bois.
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